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La voie des hommes

C'est le titre d'un groupe de psychothérapie réservé aux hommes que j'ai créé il y a quelques années avec un collègue.

Le groupe est programmé les samedi 9 et 30 janvier, 20 février, 13 mars et 10 avril de 14h à 18h, soit un cycles de 5 rencontres pour un coût total de 250€

Présentation de la thématique

Depuis quelques décennies, les hommes sont éprouvés par l'évolution de notre société.

Ils sont moins sollicités pour leur force. De nombreuses professions se sont féminisées grâce, entre autre, à la technologie (chauffeur pl, pâtisserie, industrie...)

Les hommes sont souvent accusés d'incompétence, de maltraitance, d'impuissance même.

En plus, ils sont attaqués par les mouvements féministes qui les accusent d'être ce qu'ils n'ont, au fond, pas envie d'être.

L'incompréhension s'installe et les hommes souffrent.

- C'est quoi « être un homme » ?

- Qu'attendent d'eux leurs parents, les femmes, leurs enfants, la société ?

- Quel est le désir des hommes ?

Il n' existe plus de lieu où ils peuvent se rencontrer exclusivement en tant qu'homme.

Poussés par leurs fragilités, les hommes se comparent, sont bruyants tentant d'afficher une certaine aisance mais au fond, le manque de confiance les ronge.

Et qu'en est-il de leur sensibilité, de leur émotivité, de leur vie intérieure ? Souvent, ils l'ont refoulée car on les a éduqués ainsi.   « Un homme ne pleure pas ».

Des hommes ont pourtant envie de participer à l'évolution du monde que ce soit sur le plan amoureux, au travail, en famille ou dans leur engagement social.

Le groupe que je propose offrira un espace pour déposer les vieilles souffrances, exprimer les manques et accompagner la quête vers le nouveau.

le regard tourné vers l'Est

J'ai envie de partager un aspect de la vie intime qui me parait essentiel. C'est le fruit d'une synthèse entre les connaissances occidentales du fonctionnement de la sexualité et une approche orientale basée davantage sur le ressenti, le vécu de l'instant présent. Pour mes réflexions, je me suis basé sur pratique du Tao et du Tantra.

La sexualité occidentale suit un déroulement orienté vers un but, un instant culminant nommé orgasme. Quand deux partenaires démarrent une activité intime, la direction est implicitement définie et toute variation est souvent vécue comme un échec. C'est alors qu'apparaissent des termes comme « panne sexuelle » ou « blocage » et que nait de la frustration ou de l'inquiétude. Une grande partie des difficultés intimes résulte de la pression de l'atteinte du but.

Le droit au plaisir ou plutôt à la jouissance, est devenu parfois un diktat. L'absence d'orgasme annule en quelque sorte le vécu agréable que peut procurer une étreinte amoureuse.

La description du cycle de satisfaction est utile pour comprendre le déroulement du plaisir sexuel.

Charles Gellmann dont j'ai suivi la formation, a décrit un cycle spécifique à la sexualité, au rapport sexuel. C'est un concept particulièrement adapté à l'exploration des dysfonctionnements chez un individu. Il permet d'identifier les blocages et de cibler le travail thérapeutique à entreprendre.

1. Intérêt sexuel  2. désir  3. excitation  4. plateau  5. orgasme  6. résolution  7. période réfractaire       8. élaboration psychique

Rechercher absolument la jouissance risque d'amputer du plaisir vécu dans l'instant car toute l'attention est portée vers l'avant ; c'est la quête, la recherche de l'excitation extrême. Si certains orgasmes sont puissants, ils sont néanmoins éphémères et l'individu se sentira peu nourri, recherchant rapidement une autre satisfaction.

Rechercher du plaisir est une démarche saine. Il faut bien une motivation pour se mettre en mouvement. Ce qui me semble exagéré et préjudiciable est l'importance accordée à la jouissance. Le développement de la sensualité, en particulier pour l'homme, se nourrir du plaisir délicieux procuré par un effleurement, offre un plaisir lent et durable à celui qui saura se laisser aller.

J'aime beaucoup la notion de se laisser aller, d'ailleurs, je propose même qu'on privilégie l'expression « se laisser aller à l'amour » à « faire l'amour » induisant ainsi une sensation d'abandon, de relâchement si précieux dans le rapport amoureux.

C'est un peu un paradoxe. Il faut de la tonicité dans les organes pour entamer un rapport sexuel mais un état relaxé favorise le succès de l'entreprise.

Je vais aussi tenir compte d'une des fonctions de l'orgasme qui est la décharge d'une tension physique et intrapsychique. Claude Crespaut parle de fonction défensive qui correspond à une libération nécessaire pour l'équilibre de l'individu. Le corps a probablement besoin de décharger certaines tensions. Le corps a aussi simplement de douceur, de bien-être, de relâchement.

C'est peut-être le relâchement qui est la meilleure compensation à la décharge d'une tension.

A l'opposé, de la fonction défensive, Crespaut nomme fonction complétive le besoin de se nourrir mutuellement. La relation intime est davantage relationnelle, partage que quête de jouissance. Il ne s'agit pas d'un renoncement mais de la découverte de ce que le vécu dans l'instant présent, à deux peut procurer. C'est aussi l'espace du sentiment, de l'amour.

Pour en revenir au déroulement d'un rapprochement intime, la proposition orientale, est de vivre l'instant présent, c'est-à-dire de profiter de chaque étape du cycle. C'est un peu comme aller au jardin, cueillir ses légumes puis les cuisiner avec amour, profiter de leur fumet et les manger. On peut aussi les cueillir et avoir plaisir à les offrir ou les cuisiner et en faire cadeau.

Le tantrisme décrit l'orgasme de la vallée comme étant un état résultant de montées de désir puis de relâchements pouvant s'étendre dans la durée car il n'y a pas la chute comme après l'orgasme décrit dans le cycle de satisfaction.

Parler vrai, une autre manière d'être en contact.

En quête de qualité de vie, d'intensité, d'authenticité, je me retrouve frustré depuis l'application des contraintes liées au covid 19.

Les bénéfices d'un travail de développement personnel, d'évolution de ma communication et du contact avec mes proches, a été remis en question.

Le toucher, tellement nourrissant, est entravé par le risque de contamination.

Le constat est triste et bien sûr, je cherche à évoluer malgré ces obstacles, à trouver des pistes pour vivre une vie plus satisfaisante.

Quand on ne peut plus toucher avec le corps, on peut toucher avec le cœur.

Parler vrai peut apporter de l'authenticité et permet d'améliorer le contact entre les êtres. « Je ne peux plus toucher physiquement mais la justesse de mon attitude, la justesse de mes paroles vont droit au cœur ».

Qu'est-ce que j'appelle parler vrai ?

Je pourrais considérer : « Dire ce que je pense et penser ce que je dis ».

A cela s'ajoute aussi la prise en compte du ressenti corporel qui va me servir d'appui.

Mais qu'est ce qui nous empêche de nous laisser aller à plus d'authenticité ?

C'est un peu la base de notre système névrotique. Nous ressentons un besoin mais ne l'exprimons pas en raison de la peur des conséquences.

Une réponse négative réactiverait une douleur profonde.

S'exprimer, c'est aussi se dévoiler.

Et au-delà de ça, nos coupures liées à l'éducation nous évitent de ressentir nos vrais besoins. C'est un peu pratique car ainsi, les manques ou les désirs ne nous font pas souffrir. Ces coupures nous préservent mais à quel prix ?

Vivre anesthésié ou reclus dans un donjon entraîne, à mon avis, une vie bien fade.

Pour arriver à l'identification de ces besoins qui est une base nécessaire pour s'exprimer avec justesse, Perls fondateur de la Gestalt thérapie, a décrit l'awarness. Il correspond à la capacité d'avoir conscience de son ressenti corporel et émotionnel dans l'instant présent.

Parler vrai, se dévoiler un peu plus, favorise aussi une certaine intimité autorisant l'autre à se dévoiler un peu plus, rendant les échanges plus riches. Parfois, nous avons peur de choquer en nous ouvrant, craignant de nous intruser dans l'espace de l'autre. Avec un peu de sensibilité, on peut cependant sentir la limite de notre interlocuteur.

Parler vrai rapproche de soi-même dans la mesure où on prend davantage soin de nos besoins. Parler vrai crée aussi de la proximité avec l'autre grâce à l'authenticité. « Je prends soin de moi parce que je me reconnais de la valeur ». « Je prends soin de notre relation parce que tu comptes pour moi ».

Au sujet du mensonge

Le mensonge est un acte souvent jugé par ceux qu'on pourrait considérer comme victime. Cacher quelque chose peut faire souffrir. Mais on dit aussi que : certaines vérités ne sont pas bonnes à dire. Dans des histoires familiales, on retrouve parfois des « nœuds » liés à un non-dit, à un secret de famille. Certains sujets portent le poids de ces histoires et leur vie en est négativement influencée.

Parfois, mentir est une manière de se dérober, de ne pas affronter la vérité. On veut protéger l'autre supposé ne pas pouvoir faire face à la vérité, où soi-même...

Au commencement.

Dans le développement du petit enfant, le mensonge est pourtant vertueux. Il lui permet de réaliser qu'il ne fait pas « un » avec sa mère. L'enfant découvre que sa mère ne peut pas lire dans ses pensées, qu'il dispose d'une certaine liberté. L'accès au mensonge correspond donc à un stade précieux d'individuation.

Certaines mères investissent fortement leur rôle dépassant même les limites. Un exemple d'intrusion :  « Tu dois tout me dire ! »

Pour la vie.

Parfois, des adultes nostalgiques de la relation de proximité originelle s'engagent avec leur partenaire à tout se dire. Ils vivent en fusion et disposent souvent de peu d'espace personnel. Leur relation répond souvent à l'équation 1/2+1/2= 1. On retrouve dans ce fonctionnement des mécanismes de dépendance, de manque d'identité.

Faut-il pour autant mentir ?

Faut-il tout se dire ?

Le mensonge par omission offre un espace de liberté.

Ce qui est vécu n'a pas absolument besoin d'être partagé. Une expérience peut nourrir le sujet et il n'est pas obligé de se présenter au « rapport » face à son partenaire.

Une personne peut avoir son jardin secret. C'est sa responsabilité d'en définir les limites. Toutefois, les conséquences pourraient remettre en question totalement une relation de couple.

Faut-il tout dire ?

Un auteur dont j'ai oublié le nom disait : «Le mensonge est la plus subtile des politesses ».

Il s'agit là d'un contexte plutôt social. Les adultes ont développé au travers de leur éducation des filtres qui favorisent le bon déroulement d'une vie sociale. Il serait peut-être indélicat d'exprimer à cet homme qu'il a un nez surdimensionné. Les enfants, eux, sont plus directs...« Papa, pourquoi la dame n'a plus de cheveux ? » ... et mettent parfois leurs parents dans l'embarras.

Dans mon introduction, j'ai évoqué la thématique psycho généalogique. Les évènements marquant gagnent à être exprimés aux enfants. Il est évident qu'il faille tenir compte de leur âge et d'ajuster les mots à leur capacité d'intégrer. Quand et comment annoncer à un enfant que son grand-père s'est suicidé ?

La nécessité d'exprimer

Dire, c'est mettre au monde.

Le père introduit la parole dans la vie de l'enfant. En parlant, l'enfant exprime ses besoins, ses idées.

Annoncer à haute voix ce que nous avons besoin permet d'habiter complètement notre parole, lui donnant corps et cela rassemble les capacités de l'individu à réaliser sa vie.

Envers soi-même.

Et pour en revenir au mensonge, je formulerais que l'action la plus délétère consiste à SE mentir.

Cette thématique apparait souvent quand le sujet se retrouve bloqué dans une crise de vie et nécessite une exploration psychothérapeutique. Il convient d'identifier où l'individu a privilégié une stratégie de survie à son mouvement personnel. Nombreux sont ceux qui se sont adaptés à ce qu'on attendait d'eux ou à ce qu'ils ont cru qu'on attendait d'eux.

Se mentir, c'est d'une certaine manière, se renier.

Mais à un niveau plus précoce, c'est de ne pas entendre, reconnaitre ses besoins. Beaucoup de personnes sont coupées d'elle- même, ressentant peu les sensations corporelles. C'est un des points d'appui de la thérapie psycho corporelle. Nous travaillons à retrouver le contact avec ce qui émerge du corps. Le corps ne ment pas et l'écouter, retrouver le contact avec lui correspond aussi à retrouver le contact avec soi-même.

Conclusion.

Le mensonge participe à l'individuation du sujet. Ne pas dire préserve parfois, mais ampute aussi la relation dans la mesure où il contribue à éviter un débat créateur.

Certains non-dits marquent les histoires de vie des générations à venir.

Quand on se ment, on entrave le développement du vivant en soi.

Quand consulter un psy ?

C'est une question générique qui comprend de nombreux aspects. Évoquer un terme qui comporte la syllabe « psy » induit forcément des représentations. « Psy » est rattaché au psychisme mais le premier lien que font la plupart des gens est le rapport avec un désordre mental, psychiatrique même. Et derrière la psychiatrie, il y a la folie.

Quel psy consulter ?

Psychiatre, psychologue, psychothérapeute, psychopraticien certifié... Il y a de quoi se perdre.

Le médecin généraliste en première ligne.

Quand on ne va pas bien, c'est souvent son médecin traitant qu'on va voir. Il nous connait bien (c'était le cas il fut un temps), il dispose d'une vaste connaissance du milieu de la santé, il assure la confidentialité et en principe, le non jugement et ses honoraires sont remboursés. Il y a de nombreuses raisons pour se fier à l'avis de son généraliste, mais cette démarche comporte aussi une limite, celle de la médicalisation. Un mal-être, une crise de vie, un deuil, une souffrance professionnelle, n'ont pas forcément besoin d'une approche médicale. Ce ne sont pas des maladies. Le piège de la reconnaissance de maladie est l'induction de la posture de victime. Si dans certaines situations un sujet est victime des agissements d'une personne, ou d'un système et que sa souffrance doit être reconnue, il persiste néanmoins le risque d'enfermer ce sujet dans une posture de victime qui induit un état d'impuissance.

L'espace entre la souffrance sociale et relationnelle et la psychiatrie.

Ne pas aller bien, souffrir, présenter des problèmes de sommeil, de moral, d'appétit, de perte d'envie.... sont des signes qui pourraient entraîner l'établissement d'un diagnostic s'ils sont exprimés face à un médecin. Il existe même une batterie de molécules en réponses à ces plaintes. Souffrir au travail, enchainer les déceptions amoureuses, ne pas arriver à procréer, subir des violences conjugales, ne pas arriver à choisir, sont de bonnes raisons pour se mettre en mouvement. L'individu est en constante interaction avec son environnement, les personnes qui l'entourent. Son mode de fonctionnement induit des réponses qui révèlent des failles (relations compliquées avec des proches, problème de choix...) Il n'est pas question de maladie à cet endroit. Des situations bloquées, des impressions de se trouver dans une impasse, peuvent cependant entrainer une souffrance évoluant vers une maladie.

Se mettre en mouvement.

Entamer une démarche d'introspection est un moyen de se faire du bien. Accorder du temps et de l'argent pour quelques séances sont des gestes pour soi ; c'est un moyen de s'accorder de la valeur. Une personne qui présente des éléments d'un tableau de dépression ne s'aime pas suffisamment. D'ailleurs, la dévalorisation fait partie des symptômes. Souvent le travail révèlera des comportements de quête affective que ce soit dans le travail ou dans le privé. Cela montre bien les carences et il en résulte souvent un état d'épuisement. Chercher de l'approbation, de l'attention chez autrui est un mauvais investissement. In fine, c'est uniquement nous-mêmes qui sommes apte à nous accorder de la valeur.

Facteur culturel

En Argentine, les gens vont aisément voir un psy (reportage ancien sur ARTE). . Il y a moins de tabou. La démarche pourrait être toute naturelle, un peu comme on va au restaurant pour se faire du bien. Dans notre société, on peut se questionner au sujet de nombreux comportements de compensation. Se faire plaisir est une démarche naturelle et légitime mais quand elle s'accentue, se multiplie, elle peut évoquer un état de mal-être.

C'est le cas de Diane, dont l'image d'elle est plutôt fragile. Encore la semaine dernière, son compagnon l'a blessé et la demi-journée qui a suivi, elle est allée faire chauffer sa carte bleue ; c'est sa manière de gérer son émotivité. Pour l'instant, elle n'est pas encore assez sécure pour se positionner face à lui, entrer dans le conflit et mettre à plat le contentieux. Parfois, elle se jette sur la nourriture pour calmer ses tensions internes.

L'attention et le temps qu'on s'accorde.

Rosa souffrait dans son corps. A 27 ans, elle avait déjà cumulé un nombre impressionnant d'explorations médicales et d'interventions. Elle portait des symptômes de diagnostics comme la fibromyalgie, d'endométriose, de dysfonctionnement de la thyroïde et bien sûr d'un syndrome anxio-dépressif qui l'amenait à consulter un psy. Elle était, jeune, belle, intelligente et dynamique mais elle prenait en charge son frère jumeau, son père, les personnes dont elle s'occupait... C'était beaucoup ! L'espace d'expression que je lui proposai lui convenait bien au début mais quand le travail démarra vraiment, et surtout avec la prise en compte de son corps, elle s'enfuie. Ses paroles : « j'ai déjà assez de soucis pour ne pas me rajouter la charge de ce travail ». Sa réponse témoignait de la charge qu'elle portait et de sa difficulté de se faire exister.

Aller voir quelqu'un, prendre le temps, dépenser de l'argent, sont des actes de reconnaissance pour soi. La séance ne doit pas être placée entre deux activités d'une journée intense. Il faut consacrer du temps. Parfois, le professionnel habite un peu plus loin et le trajet fait déjà partie de l'espace qu'on s'accorde. C'est un peu comme les préliminaires et le bilan dans une relation intime.

La démarche thérapeutique a un coût et elle a de la valeur. Ce sont des facteurs importants pour favoriser une transformation en profondeur.

Et pour conclure, je reviens à la question de : quand consulter un psy ?

Il s'agit d'une démarche individuelle qui nécessite une motivation, du courage et au moins un peu d'amour pour soi.

                                                                                                                                                        Pascal Bollenbach

Un peu de  recul

Un regard ouvert sur le covid

Le monde est éprouvé par une importante crise sanitaire. Elle a déjà nécessité des mesures exceptionnelles comme huit semaines de confinement produisant un climat particulier, surréaliste.

Les effets de cette épreuve retentissent très variablement sur le psychisme des personnes et entraînent des réactions nuancées entre passivité et agressivité, marquées par la peur et son pendant, la colère. Beaucoup de personnes recherchent des explications, accusent nos dirigeants pour peut-être, arriver à apaiser les émotions qui les rongent.

Je propose un regard phénoménologique sur l'épreuve du covid afin de nous aider à trouver un regard positif, ou tout du moins plus apaisé sur une crise qui suscite tant de débats.

Que représente cette crise du covid pour l'être humain ?

Que s'est-il passé ?

Cette période a représenté pour la plupart des personnes un arrêt brutal comme pour une maladie ou un accident nécessitant de rester à l'intérieur.

Tout ce qui semblait important, le travail, l'école, les divers engagements, tout a été stoppé. Il n'y avait plus qu'une priorité, c'est d'attendre, se protéger, protéger.

Le confinement a obligé de nombreuses personnes à rester à l'intérieur, c'est-à-dire aussi à s'occuper d'eux même, de ceux partageant le même foyer et parfois connaitre l'ennui. Ce temps a pu favoriser l'introspection un peu comme la période hivernale qui du coup a été prolongée.

Regarder à l'intérieur amène à faire le point sur soi-même et également sur la vie, sur notre société.

C'est un peu comme quand on est malade ou qu'on a vécu un accident, on se questionne sur le sens de ce qui s'est produit.

Avons-nous été à côté de notre centre ?

Deux postures s'opposent :

- L'envie de retrouver la vie d'avant.

- Intégrer que rien ne sera plus comme avant.

L'une traduit la peur du changement, l'autre la peur de la nouveauté ou peut-être l'espoir de quelque chose de neuf, de meilleur même.

Une crise engendre de la peur parce qu'elle comprend toujours une perte. Cette perte n'est pas forcément précieuse en raison de sa valeur, mais en raison de sa fonction. C'est la perte de quelque chose de connu et le connu est rassurant. L'inconnu suscite souvent de la peur.

Une crise est aussi le passage nécessaire pour un changement, une transformation.

Une crise est donc une chance mais il faut s'en saisir.

Le déconfinement.

Le temps a passé et les premiers signes d'amélioration permettent de remettre le nez dehors. Il faut rester prudent car la rechute menace.

Comment réagissent les individus ?

Se comportent-ils comme un vin effervescent dont le bouchon a sauté ?

Sortent-ils prudemment de leur tanière, encore marqué par la peur répandue autour de cette crise ?

Peut-être est-ce l'occasion de retrouver des plaisirs simples comme le chant des oiseaux dans la forêt, la chaleur du soleil dans notre dos en se promenant.

Après une longue période de privation, les choses ont un autre goût. Nous retrouvons des envies.

Que ferons-nous de ce nouvel état après la crise, après la bataille pour certains ?

Quel sens donnerons-nous à notre vie ?

Saurons-nous tirer les leçons de cet « accident » ?

Nous ne savons pas qu'est ce qui est à l'origine de covid et de nombreuses pistes animent des débats qui n'aboutiront sans doute pas à la vérité.

Ce qui me semble important est d'appréhender cet évènement comme une crise qui nous invite à remettre en question notre manière de vivre. A partir de là, nous avons la possibilité de choisir, de retrouver un certain pouvoir créateur pour orienter notre vie.

Si certains s'affairent à trouver un responsable à ce « désastre », nous pouvons plutôt regarder vers l'avant avec notre curiosité pour accueillir des changements positifs.

Découvrir n'est-ce pas plus excitant que de comprendre ?

Pascal Bollenbach

Je m'interroge

Une réflexion sur les contacts humains après le covid et en particulier dans le cadre psychothérapeutique

Cette crise du covid se prolonge. C'est un évènement majeur que peu de nos concitoyens ont connu dans la mesure où, par sa gravité elle est considérée comme un état de guerre et que le dernier conflit que notre pays a connu dans ses frontières date de 75 ans.

En tant que psychopraticien, j'ai l'habitude d'aborder des crises ; c'est souvent la cause d'entrée en thérapie. Le parcours d'exploration amène souvent un changement et nous nous rendons compte, par la suite, que cette épreuve était salutaire.

Avec le covid, je m'interroge sur ce que le processus va nous amener.

Je suis plutôt confiant car j'ai souvent pu reconnaitre l'intelligence de la vie.

Ce qui m'intrigue cependant est que ce covid agit contre le courant dans lequel je me suis engagé depuis une vingtaine d'année.

J'ai manqué, comme bon nombre de personnes, de contact et j'ai orienté mon parcours de développement personnel dans le sens de retrouvailles avec le toucher, la sensorialité, la spontanéité envers les autres.

La méthode de psychothérapie que je pratique privilégie le toucher pour aider la personne à se sentir et entrer en contact directement avec ses souffrances afin de libérer le sujet.

Ce qui se dessine dans l'environnement, pour l'instant, va plutôt à contre sens du mouvement auquel j'ai participé. Nous sommes invités à nous protéger des autres et à les protéger au moyen de gestes barrières. Le contact est donc à éviter et toute personne est potentiellement porteuse du virus, donc de la maladie et.... de la mort.

Pour le dé-confinement, de nombreuses actions sont exigées pour maintenir la distanciation.

Comment le besoin de contact, de toucher pourra s'articuler avec ces nouvelles exigences ?

Et les professionnels qui touchaient, comment vont-ils aménager leur pratique ?

Pour ma part, je m'interroge sur la suite. Maintenant que je me suis familiarisé avec le toucher, que je suis à l'aise avec et que j'arrive à l'apprécier, à m'abandonner même parfois, faut-il en faire déjà le deuil ?

La vie est toujours en mouvement, rien n'est figé et j'entretiens la curiosité pour me laisser étonner par du nouveau.

Quel va être le « bon sens » à ce qui m'apparait pour l'instant comme un « contre sens » ?

Je vais me laisser surprendre.

Pascal Bollenbach

La reconnaissance de la souffrance en psychothérapie.

Les personnes qui viennent nous consulter portent une souffrance et il parait humain de penser à un remède pour les soulager. Cela me fait penser aux affiches placardées dans l'établissement public où j'exerce encore une partie de mon temps. Le message fort est « halte à la douleur ». La prévention et le soulagement de la douleur sont devenus depuis quelques années une priorité dans le système de santé. Il existerait donc un remède efficace pour soulager toute forme de douleur. Cela pourrait faire l'objet d'un large débat. Ce que je veux en retenir dans cet article, c'est que la plupart des personnes qui consultent en psychothérapie ont déjà essayé les remèdes de première intention qu'il s'agisse d'antalgiques ou de médicaments psychotropes.

La douleur ne cède pas. Il y a peut-être quelque chose à entendre.

Le besoin de valider la souffrance, le vécu du sujet.

Marie a 56 ans et est une de mes consultantes en institution. Elle est venue consulter car elle ne se remettait pas d'un infarctus de myocarde dont elle a été victime 18 mois plus tôt. Son vécu laisse apparaitre des éléments d'un stress post traumatique. Les secours n'ont pas apprécié de caractère d'urgence des symptômes qu'elle a décrits au téléphone et c'est finalement son mari qui a foncé aux urgences avec elle. D'après les praticiens, il lui restait 10mn à vivre. Aujourd'hui, Marie reste chargée de colère et de peur, de douleurs résiduelles atypiques. Ce qui a été marquant dans le travail avec elle fut son besoin de reconnaissance de la gravité de son accident. Elle a vu de nombreux médecins qui ont minimisé son expérience, probablement pour tenter de la rassurer. C'est finalement son gynécologue qui a prononcé les paroles qui lui ont fait le plus de bien, reconnaissant la gravité de son accident. Les cardiologues ont été formidables ; ils lui ont sauvé la vie, mais à ce jour, ce n'est pas ce dont elle se souvient le plus. Cela nous montre l'importance d'entendre et de reconnaitre dans un premier temps la souffrance, la douleur.

Céline est une jeune femme qui m'a consulté dans le cadre de la sexothérapie. Elle souffre de vaginisme, une fermeture réflexe du vagin rendant la pénétration impossible. Ce symptôme impacte sa relation amoureuse avec son compagnon qu'elle fréquente depuis cinq. Cependant, ils se sont bien accommodés avec et c'est davantage la pression des normes sociales qui la fait souffrir. Mon orientation étant centrée sur la personne dans sa globalité, nous avons exploré largement sa vie. Des améliorations notables sont reconnaissables dans sa sphère professionnelle et privée. Une séance déterminante pour elle aura été celle où elle a pu exprimer sa souffrance, le fait d'avoir la sensation de ne pas être normale, la culpabilité, la peur pour l'avenir. Ce qui lui a fait un bien immense a juste été la reconnaissance que le vaginisme est une maladie et qu'elle n'y peut rien. Depuis, la culpabilité a cédé sa place au courage qu'elle emploie aujourd'hui pour poursuivre l'exploration de sa vie intérieure.

Notre courant n'est pas orienté vers une recherche de solution, de soulagement rapide. L'alliance qui s'installe progressivement permet d'aller au contact avec ce qui fait mal, à le reconnaitre, l'exprimer. Ensuite l'horizon s'ouvre, rendant possible de nombreuses évolutions.

Pascal Bollenbach


La souffrance en fin de carrière.

De plus en plus de personnes arrivent à l'approche de la soixantaine et souffrent au travail. Il y a bien sûr le prolongement des années de cotisation qui éprouve les sujets déjà fragilisés par certains travaux pénibles et présentant des troubles musculo-squelettiques. Il y a aussi de plus en plus de morbidité liée au stress, à la pression professionnelle.

La concurrence avec les plus jeunes.

Mathilde, 56 ans, m'a consulté parce qu'elle n'en pouvait plus. Elle était ouvrière chez un sous-traitant automobile et souffrait de tendinites liées à la répétitivité des gestes. Mais au-delà de cela, elle n'arrivait plus à suivre les cadences, concurrencée par des jeunes encore en bonne forme physique. Ces jeunes recrues, en plus de leur fougue naturelle, étaient dopés par la peur de ne pas voir leur contrat reconduit.

L'évolution des technologies éprouve aussi certains anciens qui n'ont pas grandi avec le numérique ou l'informatique. Il faut continuellement se remettre en question.

Un autre aspect m'apparait important aussi, c'est l'approche de la retraite, la fin d'un exercice, d'un statut, d'une vie sociale.

Les passages.

Nous avons relevé de nombreux passages de vie qui contribuent à la construction de l'individu. Le départ en retraite n'en est pas des moindres et c'est un aspect qui s'ajoute à la souffrance au travail.

Quand ce passage se fait mal, il ternit une vie professionnelle entière. C'est comme le dessert loupé qui annulera l'effet positif d'un somptueux repas.

Arlette me témoigne de l'ambiance dans son entreprise où la moyenne d'âge est au-dessus de 50 ans. Quand une personne part à la retraite, elle ne veut plus de cadeau, elle n'organise plus un pot d'adieu. Les agents sont tellement dégoûtés qu'ils partent par la petite porte avec pour démarrer leur retraite, un goût amer. Un rite de passage important a disparu. On peut imaginer que des liens soient rompus et que la retraite soit vécue dans l'isolement.